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Sinistre : les photos retouchées par IA ne passent plus

Une fraude qui continue de grimper

L’Agence pour la Lutte contre la Fraude à l’Assurance (ALFA), l’organisme interprofessionnel qui centralise et analyse les cas de fraude détectés par les assureurs, a publié cet été son bilan pour 2025 : 946 millions d’euros de fraude ont été identifiés sur l’année, soit 4,9 % de plus qu’en 2024. Ce chiffre ne mesure que la fraude détectée, le montant réel étant par nature plus élevé.

Les dommages aux biens (habitation, auto, professionnels) concentrent la plus grosse part de ce total, avec 627 millions d’euros identifiés. La fraude documentaire, c’est-à-dire la production de faux documents ou de pièces modifiées à l’appui d’une déclaration de sinistre, figure parmi les trois postes principaux de ce chiffre, aux côtés des fausses déclarations et de la surfacturation de travaux ou de réparations.

Les photos de sinistre, nouvelle cible de la retouche par IA

C’est dans ce contexte que le comparateur JeChange a détaillé début octobre 2026 une pratique en hausse : la retouche de photos de dégâts à l’aide d’outils d’intelligence artificielle, pour aggraver artificiellement l’ampleur d’un sinistre avant de l’envoyer à son assureur. Une fuite d’eau limitée à une pièce peut ainsi être présentée, une fois l’image modifiée, comme ayant touché plusieurs pièces ou endommagé des biens qui n’ont jamais été sinistrés.

Face à cela, les assureurs ont renforcé leurs vérifications. Selon JeChange, trois méthodes se combinent désormais : la lecture des métadonnées du fichier (les informations techniques enregistrées automatiquement dans une photo numérique, comme l’appareil utilisé, la date de prise de vue ou la présence de traces de modification par un logiciel), l’analyse de l’image elle-même pour repérer des incohérences d’ombres, de textures ou de duplications d’éléments, et, de plus en plus, l’exigence d’une photo prise directement depuis l’application de l’assureur ou lors d’une visio-expertise, c’est-à-dire un rendez-vous à distance avec un expert qui constate le sinistre en direct par vidéo.

Retoucher une photo n’est pas automatiquement frauduleux

Tout ajustement d’image ne constitue pas une fraude. Corriger la luminosité, recadrer un cliché ou améliorer sa netteté pour mieux montrer un dégât réel reste une pratique courante et sans conséquence. La limite se situe au moment où la retouche modifie la réalité du sinistre : faire apparaître une fissure plus large, ajouter un dégât inexistant ou étendre artificiellement une zone touchée.

Un assureur qui a un doute sur une photo peut interroger l’assuré sur ce point, mais ce doute seul ne suffit pas à caractériser une fraude : il doit encore établir l’intention de tromper.

Ce que vous risquez en cas de fraude avérée

Sur le plan civil, l’article L113-8 du Code des assurances sanctionne la fausse déclaration intentionnelle par la nullité du contrat : l’assuré perd alors le bénéfice de ses garanties et peut devoir rembourser les indemnités déjà versées. Une fausse déclaration faite de bonne foi, sans intention de tromper, relève d’un régime plus souple, l’article L113-9 du même code, qui permet seulement à l’assureur de réduire l’indemnité proportionnellement.

Sur le plan pénal, une fraude caractérisée peut être poursuivie sous la qualification d’escroquerie, prévue par l’article 313-1 du Code pénal, qui punit ces faits jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende.

Ce que cela signifie pour vous

Au-delà du risque juridique, une déclaration de sinistre contestée retarde surtout l’indemnisation à laquelle vous avez droit lorsque le dégât est réel. Mieux vaut documenter un sinistre tel qu’il s’est produit, sans retouche d’image, et vous appuyer, en cas de doute sur l’étendue des garanties ou sur la façon de constituer un dossier, sur votre courtier plutôt que sur un correctif de dernière minute.

Si vous avez un sinistre en cours ou un doute sur les garanties de votre contrat habitation ou auto, le cabinet peut vous aider à constituer un dossier solide auprès de votre assureur.

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